lundi 5 octobre 2009

« Puissiez-vous être les petites mamans d'un peuple nouveau» ( « LA MEUSE » du mardi 24 décembre 1996 )


« Puissiez-vous être les petites mamans d'un peuple nouveau»


« LA MEUSE » du mardi 24 décembre 1996

Voici la lettre que nous fais parvenir Mme Yvette Gillotay, une institutrice maternelle de l'école communale Julie et Mélissa de Grâce-Hollogne. Afin que chacun, nous ayons une pensée pour ces deux fillettes en ce jour de Noël.

«Voici revenu le moment des fêtes et des cadeaux, des sapins lumineux, des guirlandes aux rideaux...»

Où êtes-vous, ravissants petits minois, nos deux petits amours... Vivantes, vous l'êtes toujours dans nos cours, vos rires, vos jeux sont toujours là dans la cour de l'école...»

Toi, Mélissa, tout le portrait de ton papa, la douceur de ta maman, ton teint de miel et ton allure de princesse,»

Toi, Julie, les yeux de braise de ta maman, la gaieté de ton papa, ton rire éclatant au soleil, danseuse étoile au firmament.

Vous aviez l'insouciance et la joie de vivre de tous les enfants de votre âge.

Nous pensons beaucoup à vous en cette veille de Noël et à vos parents qui vous aiment tant.

Puissiez-vous (comme l'a dit Julos Beaucarne) être les petites mamans d'un peuple nouveau.

Que votre tragique destinée éclaire à jamais notre coeur, nous apporte plus de compassion et d'amour les uns envers les autres.

Que le miracle de la vie soit enfin considéré comme la chose la plus précieuse sur terre.

En cette nuit de Noël 1996, il y aura deux petits anges de plus dans le ciel. Petites princesses, veillez sur nous, aidez-nous à faire un monde meilleur.

L'ENQUÊTE SUR L'ENQUÊTE (« La Wallonie » du vendredi 20 décembre 1996 page 14)


L'ENQUÊTE SUR L'ENQUÊTE

Après six semaines de contre-enquête

« La Wallonie » du vendredi 20 décembre 1996 page 14

Un regard dans le rétroviseur, déjà? En suspendant ses travaux, jeudi, aux petites heures de la nuit, la commission d'enquête Dutroux n'est certes pas arrivée au bout de ses peines. Reprise le 6 janvier.

Les images, les émotions, les révélations, les coups de théâtre et les bassesses tristement ordinaires forment déjà une impressionnante fresque. Dans le rétroviseur.

Ce sont des heures kilométriques de retransmission télévisée, des tonnes de retranscriptions sténographiques - et, épousant leurs rubans, des constantes.

Redoutable commission

Des constantes humaines. Chez les membres de la commission dont le nom est, d'ores et déjà, inscrit parmi les hauts faits des annales parlementaires. Les trois mousquetaires socialistes, Patrick Moriau, trompeusement débonnaire, Serge Moureaux, méthodiquement incrédule, Claude Eerdekens, à l'intransigeance suave. Le «petit» Ecolo aussi, Vincent Decroly, presque sacerdotal dans sa quête de la vérité. L'intraitable Jacqueline Herzet (PRL) . Le légalisme outré de Tony Van Parys (CVP) . Et, bien sûr, imprimant d'une main de fer une admirable stature aux débats, le président Marc Verwilghen (VLD) - il en est sorti grandi. Avec son équipe. Pas négligeable, en des temps où les institutions marchent sur la corde raide d'un honneur perdu.

La constante humaine a un autre visage. Celui d'une totale absence d'autocritique. Chacun les a vu défiler. Les hauts responsables des enquêtes judiciaires. Avec superbe. Avec brio. Avec leur mémoire de défense, blindé, sous le bras. Avec leurs réponses toutes faites.

Défilé de marbres

On a vu le procureur du Roi de Bruxelles, Benoît Dejemeppe se lancer dans un cours ex cathedra sur l'organisation judiciaire et, s'étant vu ramené sur de plus pertinents sentiers, déclarer que si on avait si peu fait pour la disparition de la petite Loubna Benaïssa, c'est parce que l'affaire sortait de l'ordinaire. «Nous n'avons que deux affaires semblables sur vingt ans.» Pardi ! Son palais de justice est dynamité et voilà qu'on ne saurait plus très bien comment procéder, judiciairement, vu que c'est pas tous les jours que cela arrive.

On a vu l'ancien ministre de la Justice, Melchior Wathelet, sortir les mille et une excellentes raisons qui expliquent pourquoi la liberté conditionnelle de Marc Dutroux était, sur papier, le bon choix – et pourquoi elle fut si mal contrôlée ensuite, par sa propre administration (pas moi, elle, n'est-ce pas) .

Sur ce point, son successeur, Stefaan De Clerck, ajoutera que Dutroux était un truand hors norme.

Entendez, ici, rusé. Qu'il s'entendait comme pas deux à donner le change, à tromper son monde, à induire la justice en erreur en se conformant, sur papier, aux administratives conditions mises à sa liberté. Là, c'est rigoler. Car, là, c'est le BA-ba du truand. Jamais avouer. Ruser. Pas griller un feu rouge après le hold-up. Etc. Si la justice découvre cela, anno 1996, c'est à se demander. Au suivant...

Mais, on l'a vu avec le procureur du Roi de Charleroi, Thierry Marchandise, c'est un thème promis au succès. Dutroux, diabolique, l'a également trompé ! Ce qui est gênant, c'est que M. Marchandise s'est aussi trompé.

Une de ses lignes de défense, en effet, est que le passé de Dutroux n'étant pas celui d'un pédophile, il pouvait pas se douter. Pas se douter ? Lorsqu'il dispose des infos Othello, il était question de trafic d'enfants, pas de pédophilie cette thématique-là est venue après, quand Dutroux sera arrêté, quand Marchandise prépare son plaidoyer... Faut-il poursuivre?

Les substituts bruxellois et carolorégiens, Mme Doutrèwe, les pontes de la gendarmerie, pas l'esquisse d'une ombre d'un doute qu'ils n'aient pas fait un sans faute. La tragédie ne les touchent, au mieux, qu'intellectuellement. La voix ne tremblera, ne trahira sa détresse que chez les hommes et femmes de terrain.

A découvert

Sur le terrain? La chose est devenue tout à fait évidente. L'enquête policière, conduite par la gendarmerie, disposait dés l'été 95 et sans l'ombre d'un doute en décembre 95, les données qui auraient permis de coincer la bande Dutroux. Et peut-être sauver Julie et Mélissa. Un jeu occulte, qu'on devine dans les sphères dirigeantes de la gendarmerie, a tantôt empêché tantôt freiné la transmission de ces données à la justice, à

Liège et Charleroi.

La commission d'enquête a disséqué le comment. Il lui reste à trouver le pourquoi.

E.R.

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PATRICK MORIAU

« Le dossier Julie et Mélissa est loin d'être terminée »

« La Wallonie » du vendredi 20 décembre 1996 page 14

Le député socialiste Patrick Moriau est un des attaquants de la commission d'enquête Dutroux. Arrive à l'étape, son bilan provisoire.

- Impression, après six mois?

«On a fait un pas de géant. Jusqu'à présent, on pouvait penser que l'explication résiderait dans le manque de moyens, le système obsolète ou les dysfonctionnements.

Depuis hier, on sait que sur un point, au moins, il y a une personne qui a sciemment menti. C'est une dimension supérieure. J'ai toujours dit que le but de la commission est,d'une part, de voir les dysfonctionnements et, d'autre part, découvrir s'il y a eu une volonté de cacher certaines choses. Et, si oui, pourquoi!

Maintenant, nous passons à ce troisième stade!

- le pourquoi, en effet...

«Jusqu'ici, on n'avait pas de preuves, on pouvait penser qu'un certain système amenait à réagir ainsi. Maintenant, nous avons un élément qui nous permet d'avancer. Est-ce une réaction de corps, de protection, cela reste nébuleux... »

Tout le monde pensait que nous terminerions le dossier Julie et Mélissa mercredi. II n'en a jamais été question! Il y aura encore des auditions, des confrontations...

- On est frappé par la fermeté de la commission.

«Nous sommes là pour faire la lumière. Nous l'avons toujours dit. On ne nous a peut-être pas cru, on a essayé de nous décrédibiliser... Je crois que c'est essentiel dans un État de droit. Il faut tout de mime bien se rendre compte que ce ne sont pas trois petits délinquants qui ont fumé du haschich, ce sont des magistrats, des substituts, des commissaires! Étaient-ils bien conscients qu'il s'agissait de deux petites filles - la dimension humaine est cruellement absente. Quand on constate ce que les familles disaient, elles, dès le départ, eh bien... Ici, nous démontrons que, dans une démocratie, le Parlement joue un rôle essentiel. Qu'il en est le garant.

- Aucune crainte que le volet gendarmerie n'éclipse toutes les autres errances?

«J'ai l'horreur de la logique du bouc émissaire. Nous ne sommes pas ici dans un système manichéen, avec les bons d'un côté et les mauvais de l'autre. Il faut apporter beaucoup de nuances. II n'y a pas que le problème de la gendarmerie. Indépendamment du droit pour un magistrat de partir en vacances : à l'avenir, il n'y a rien à faire, il faut une solution concrète, structurelle, légale, qui fasse qu'une famille ne doive plus attendre cinq semaines pour rencontrer le responsable de l'enquête. On est dans un système où la disparition d'un enfant ne permet pas de contact avec la famille – cela existe pourtant en Hollande. Là, le chef de l'enquête doit inscrire dans son procès-verbal ce qu'il a fait pour aider les familles. C'est un exemple.

- Patrick Moriau est un homme différent, aujourd'hui ?

«Certainement. Deux moments, surtout, resteront gravés. La photo de la petite Laurence Mathues, martyrisée, cela me poursuit. Et puis, c'est de savoir que le 13 décembre 95, lors des perquisitions, les enquêteurs ont une vingtaine de présomptions qui convergent tous vers Dutroux. Se dire qu'à ce moment-là, on aurait pu... »

Propos recueillis par Erik Rydberg

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Confrontations au scalpel

« La Wallonie » du vendredi 20 décembre 1996 page 14

L'adjudant Jean Lesage, troisième et dernier témoin entendu par la Commission d'enquête, a donné mercredi soir une image diamétralement opposée des « contacts » qu'entretenait « son » équipe de gendarmes avec la juge Doutrewe et le commissaire Lamoque,qui dirigeait l'enquête sur la disparition de Julie et Mélissa.

Lesage, attaché à la BSR de Seraing et qui avait traité à les informations concernant Marc Dutroux, a affirmé avoir fait état devant Mme Doutrewe des renseignements dont il disposait en des termes beaucoup plus précis que celle-ci ne l'avait déclaré au cours de son audition de la veille. Le gendarme est formel: au mois d'août, il a informé la magistrate à deux reprises de cette piste.

Sur foi de ces déclarations contradictoires, le président de la Commission, Marc Verwilghen a décidé de convoquer Mme Doutrewe, ce mercredi soir, afin de la confronter à l'adjudant Lesage.

La séance a été suspendue vers 22H45, en attendant l'arrivée de la juge d'instruction.

La tension était à son comble, mercredi en fin de soirée, au sein de la Commission d'enquête, à l'occasion de la confrontation entre la juge d'instruction Martine Doutrèwe et l'adjudant de gendarmerie Jean Lesage. Avec en toile de fond, le sentiment qu'un des protagonistes commettait un faux témoignage.

Les deux témoins ont campé résolument sur leurs positions. Mme Doutrewe a affirmé que M.Lesage ne l'avait pas informée avec insistance et clarté de la piste Dutroux lors d'une réunion de coordination organisée à son

cabinet, à son retour de congé, le 31 juillet 1995. Selon elle, les « bribes » d'information reçues ce jour-là, ne laissaient en aucune manière à penser que Dutroux pouvait être impliqué dans l'enlèvement de Julie et Mélissa.

L'adjudant de la BSR de Seraing, en revanche, a soutenu qu'il avait déclaré, lors de cette réunion ainsi que lors d'une réunion tenue le 16 août, en présence du commissaire de la PJ Lamoque (chef d'enquête), du premier substitut Hombroise et de l'adjudant Gilot, qui dirigeait les gendarmes de Grâce-Hollogne, au sein de la cellule d'enquête sur les disparitions.

A l'écoute de ces déclarations on ne peut plus divergentes, le président de la Commission, Marc Verwilghen, s'est dit très « perturbé ».

« II y en a un de vous deux qui ne dit pas la vérité. J'espère qu'il ou elle se rend compte de ce qu'il fait. J'espère qu'un jour je pourrais vous croiser et vous regarder dans les yeux ».

MM. Gilot et Lamoque, qui ont été invités peu 'de temps après à se joindre à la confrontation, n'ont guère apporté de nouveaux éclaircissements. Le premier nommé ne se souvient pas avoir participé à la réunion du 16 août. « J'ai beau fouiller dans ma mémoire, M. le Président, mais je ne me souviens d'avoir été là. J'étais peut-être dans mon bureau ».

Le commissaire Lamoque, lui, se souvient très bien. Selon lui, M. Gilot était bel et bien présent à cette réunion.

Ambiance glaciale

Ces nouvelles contradictions ont jeté un froid supplémentaire sur les travaux. Au cours de la confrontation de ce mercredi soir, Marc Verwilghen, manifestement énervé par ces atermoiements, a interpellé l'adjudant Lesage à trois reprises au moins pour lui rappeler qu'il comparaissait sous serment.

Les débats ont une nouvelle fois été suspendus vers 23H45. Le président a fait convoquer le substitut Hombroise ainsi que le greffier de Mme Doutrewe. Ces deux personnes ayant assisté à la réunion du 16 août devraient être en mesure de corroborer les déclarations de la juge d'instruction et du commissaire Lamoque.

La confrontation mettant en présence les principaux acteurs de l'enquête sur la disparition de Julie et Mélissa devait avoir lieu au cours de la nuit.

La commission d'enquête a suspendu ses travaux jeudi vers 1h15 du matin, sur une confrontation au cours de laquelle les différents témoins se sont retranchés sur leurs positions.

D'une part, Mme Doutrèwe, qui a réaffirmé avec insistance que l'adjudant de gendarmerie Jean Lesage avait présenté Marc Dutroux de telle manière que rien ne laissait supposer qu'il pouvait s'agir d'un suspect d'importance.

Le caractère « anecdotique » de cette présentation de Dutroux par le gendarme a été confirmé par le greffier de Mme Doutrèwe, qui porte le mime patronyme, Lesage. Bernard, de son prénom, celui-ci n'était pas présent à la réunion du 31 juillet. En revanche, il assistait à la rencontre de coordination du 16 juillet. Et à cette occasion, a-t-il dit, les mots de séquestration, de viol et d'enlèvement d'enfants n'ont pas été prononcés en rapport avec Dutroux.

Le premier substitut Hombroise, qui n'était pas présent le 31 juillet, a affirmé ne pas avoir entendu parler de Dutroux lors des autres réunions de coordination.

Du côté de la gendarmerie, les adjudants Lesage et Gilot ont également confirmé leurs déclarations antérieures.

C'est sur une note de discorde et de crispation manifeste, tant au près des commissaires, du président que des témoins, que s'est clôturée une séance longue de prés de 16 heures. Avec un prochain rendez-vous, sans compter un éventuel rebond au niveau politique et de responsabilité ministérielle, au 6 janvier prochain.

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NOUVELLE «AFFAIRE DI RUPO »

Dehaene: un rapport, pas un dossier

« La Wallonie » du vendredi 20 décembre 1996 page 14

Le premier ministre Jean-Luc Dehaene a été interpellé, jeudi à la Chambre, sur la nouvelle affaire Di Rupo concernant l'achat de sa maison à Mons. Selon M. Dehaene, il n'y a pas de dossier à ce sujet mais un rapport du procureur général près la Cour de Cassation Éliane Liekendael qui a été transmis à la Commission d'enquête Dutroux.

Dans ce rapport, elle fait référence à une lettre du Comité supérieur de contrôle. Mme Liekendael ajoute qu'elle a interrogé le procureur général de Mons Demanet à ce sujet.

De cet interrogatoire il ressort que M. Demanet a fait une enquête et qu'il a conclu qu'il n'y avait pas d'indice de culpabilité.

Mme Liekendael, a ajouté le premier ministre, ne fait aucune remarque sur cette façon d'agir du procureur général.

Jean-Luc Dehaene a encore précisé à la Chambre qu'il avait été informé du rapport de Mme Liekendael au moment où celui-ci a été transmis à la Cour de Cassation.

Il a conclu en disant que dans ce dossier la justice avait fait son travail. Il a aussi souligné qu'à l'époque le justice avait une interprétation moins stricte de l'article 103 de la Constitution. Cette interprétation n'est pas contestée par la Cour de Cassation.

Dans leurs interpellations, geert Versnick (VLD), Bart Laeremans (VI. Blok) et Karel Van Hoorebeke (VU) ont interrogé le premier ministre sur l'intervention du ministre de la justice de l'époque, Melchior Wathelet, dans ce dossier. Ils ont critiqué ce qu'ils ont appelé le « droit d'injonction positive » utilisé par le ministre. Sur ce point, le premier ministre n'a pas répondu aux interpellateurs.

Les interpellateurs ont aussi dit que l'actuel ministre de la Justice avait reçu le rapport de Mme Liekendael le 30 novembre et l'avait retenu trois semaines avant de le transmettre à la Commission Dutroux, attendant ainsi le vote de la nouvelle loi sur la responsabilité ministérielle, conséquence de la première affaire Di Rupo. Sur ce point, le premier ministre est également resté silencieux dans sa réponse.

Dans leur réplique au premier ministre, les interpellateurs ont manifesté leur insatisfaction. Ils ont été rejoints par Didier Reynders, chef de groupe PRL-FDF,qui a notamment dit qu'il s'interrogeait sur l'attitude « étonnante » du ministre de la Justice Wathelet qui aurait dû, a tout le moins, informer le président de la Chambre de l'existence du dossier. Il a ajouté que la nouvelle loi était d'application pour tous les dossiers. Pour le reste, il a rappelé que la Commission Dutroux était saisie du rapport et a demandé que celui-ci soit aussi transmis à la commission de la Justice de la Chambre.

130.000 signatures pour la 2e «marche blanche»(« La Wallonie » du vendredi 20 décembre 1996 page 7)


130.000 signatures pour la 2e «marche blanche» et milliers de lettres à la Justice

« La Wallonie » du vendredi 20 décembre 1996 page 7

Un flux ininterrompu de lettres et de pétitions, véritable «deuxième marche blanche », afflue depuis le 17 août dernier, jour de la découverte des corps de Julie et Métissa, au cabinet du ministre de la Justice.

Ces missives veulent dénoncer des dysfonctionnements du système judiciaire, faire part des préoccupations de la population en la matière mais aussi pour formuler une grande variété de conseils.

Devant l'abondance de ce courrier qui porte les signatures de quelque 130.000 personnes et émane de 250 collectivités, Stefaan De Clerck a chargé le professeur Luc Huyse de l'Institut « Droit et Société» de l'université de Louvain d'analyser ces signaux directs, à la fois forts et confus, envoyés massivement par la population.

Lors d'une conférence de presse organisée jeudi par le ministre de la Justice, M. Huyse a tout d'abord souligné l'intérêt de ce nouveau canal de communication entre la population et la Justice, où les groupes de pression pouvant faire part au monde politique de leurs attentes ou exigences sont moins nombreux et moins organisés que dans d'autres secteurs de la société, comme par exemple le monde du travail. Il a donc plaidé pour que, une fois passés les événements qui secouent aujourd'hui le monde judiciaire, ce flot ne se tarisse pas et qu'il soit même stimulé, prônant le maintien en service d'une ligne téléphonique verte, la mise en route d'un service chargé de répondre en permanence au courrier de la population ou la désignation d'un médiateur.

A cet égard, le ministre de la Justice a d'ores et déjà annoncé qu'une telle fonction d'ombudsman pourrait trouver sa place dans les fonctions du conseil supérieur de la justice dont les membres du gouvernement discuteront précisément demain/vendredi au conseil des ministres.

Le rôle des médias

Quant à l'ampleur de cette deuxième « marche blanche», le professeur de la KUL a précisé que la cabinet de la Justice avait reçu 600 lettres de particuliers, de toutes les couches de la population, dont deux tiers étaient écrites par des francophones et un tiers par des néerlandophones. Ces lettres étaient souvent illustrées par des coupures de journaux, ce qui démonte le rôle crucial joué par les médias dans le cadre de l'information au public sur les problèmes de la Justice. De nombreuses lettres qui dénoncent la décadence des moeurs et de l'éthique montrent d'ailleurs les médias du doigt, demandant aux journalistes d'affiner leur déontologie professionnelle.

Outre ces lettres de particuliers, le ministre a reçu, souvent via les bourgmestres ou les magistrats, plus de 2.200 lettres individuelles, dessins et collages d'élèves, ainsi qu'une centaine de pétitions, regroupant au total près de 90.000 signatures, envoyées au départ de 152 écoles, tous réseaux confondus, mais presque exclusivement flamandes.

Environ 13.000 travailleurs actifs dans 45 entreprises ont encore signé des pétitions circulant au sein de leur usine ou bureau, adressées ensuite à la maison communale ou au tribunal, avant d'arriver chez le ministre.

Des motions communales

Dans 34 communes, le collègue échevinal ou le conseil communal a décidé d'envoyer une motion au ministre. Deux communes ont aussi adressé au cabinet une pétition portant plusieurs milliers de signatures. Les conseils provinciaux du Hainaut de la Flandre orientale ont également transmis une motion à la Justice.

Enfin, 70 pétitions, regroupant 27.000 signatures, ont été envoyées par des associations diverses.

Si les lettres d'insultes ou d'appel à la vengeance sont peu nombreuses, elles sont pourtant abondantes celles qui mettent le doigt sur l'existence de déséquilibres inacceptables notamment entre la victime et l'auteur du délit, ce dernier étant considéré comme mieux protégé par le droit et les juges et mieux informé. Il est aussi question de déséquilibres au niveau du traitement des victimes, notamment entre la manière dont a été abordé la disparition du petit Anthony De Clerck d'une part et celle de la petite Loubna Benaïssa d'autre part. L'accent est encore mis sur le déséquilibre en matière de poursuites et de peines quant il s'agit de délits commis à l'égard de biens, traités avec plus de sévérité selon les gens que les crimes à l'égard de personnes. Les délinquants sexuels bénéficient ainsi, selon les rédacteurs, d'une certaine clémence.

Main de fer et gant de velours

Enfin, le courrier dénonce aussi des différences dans la manière de traiter les membres du pouvoir judiciaire. C'est ainsi que le juge d'instruction Connerotte a été dirigé d'une main de fer tandis que les autorités ont mis des gants de velours à l'égard de certains membres du parquet de Liège, estiment les auteurs des lettres.

Outre la nécessité de mettre sur pied un service d'ombudsman, l'enquête met aussi en évidence qu'il faut corriger certaines idées reçues concernant des aspects de la politique judiciaire comme de prétendus régimes pénitentiaires «luxueux» ou des applications «généreuses» de la libération conditionnelle ou de la grâce. Il faut donc mieux informer les gens sur le monde de la Justice, notamment via les écoles et les associations de formation pour adultes qui pourraient ici jouer un certain rôle, selon le professeur Huyse.

Le ministre De Clerck a enfin souligné qu'il faut faire comprendre à la population que si certains résultats en matière d'amélioration du système judiciaire peuvent être attendus à brève échéance, dans d'autres domaines, les effets escomptés ne seront ressentis qu'à long terme.

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JUMET

Les fouilles se déplacent sur le «carreau»

« La Wallonie » du vendredi 20 décembre 1996 page 7

Un nouvel horizon s'est ouvert, jeudi, aux enquêteurs chargés par le parquet de Neufchâteau de fouiller l'ancien charbonnage Saint-Louis, a Jumet, près de Charleroi, en vue de découvrir une cache où Marc Dutroux a pu, selon ses dires, séquestrer de petites victimes pour son réseau de pédophilie.

C'est, en effet, l'entrée de la mine, de ce que l'on appelle le «carreau»,situé à l'angle des rues Bivoort et du Vigneron, dans le centre de Jumet, qui s'offre à eux.

Ce n'est pas pour autant que leur tâche s'éclaircit et leur ouvre d'autres perspectives plus réjouissantes. Le site qu'ils ont cette fois à sonder, s'étale sur plus de 500 mètres carrés. Il est aussi lugubre, ravagé et peu engageant que celui des étangs Caluwaert où les investigations avaient repris, vendredi dernier, et ont été abandonnées, mercredi soir.

Un certain désordre y règne et il faudra bien du temps pour le dégager avant de commencer les recherches effectives de l'entrée menant vers ce que l'on appelle désormais la « galerie de la mort». La protection civile

(Une centaine de personnes) s'est d'ailleurs très rapidement activée, ce jeudi, vers 13 h. pour dégager à coups de pelleteuse tout le fatras de détritus qui jonchent le sol.

Si l'on en croit l'adjudant Guy Soumoy, commandant de la brigade de Jumet, et porte-parole de la gendarmerie, à ce stade des fouilles, celles-ci prendront plusieurs jours. Lorsque le tout sera dégagé, il faudra rechercher l'entrée de la galerie. Une entrée qui, selon des photographies aériennes prises par un hélicoptère de la gendarmerie, révèle qu'elle conduit vers plus de 50 petits boyaux présents à une trentaine de mètres de profondeur.

Toujours selon l'adjudant Guy Soumoy, les recherches s'orienteront très rapidement vers plusieurs endroits précis situés non loin des bâtiments administratifs de l'ancien charbonnage, qui sont notamment le puits d'extraction et le conduit d'aération principal.

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CHARLEROI

La PJ locale l'affirme: elle n'a jamais protégé Dutroux

« La Wallonie » du vendredi 20 décembre 1996 page 7

La police judiciaire de Charleroi n'a jamais protégé Marc Dutroux, a affirmé le commissaire Gilbert Garçon, jeudi matin, à Charleroi, au cours d'une conférence de presse organisée pour mettre les choses au point à propos de l'enquête menée pour tenter de retrouver l'agresseur sexuel d'une jeune femme à Luttre, le 22 novembre 1995.

Un article paru dans la Libre Belgique, le 12 décembre dernier, et repris, le même jour, par la chaîne télévisée privée RTL.TVI, a été manifestement mal apprécié par la PJ carolo, dont un des membres a déposé plainte pour diffamation contre le signataire de l'écrit et le journaliste qui a diffusé l'information. Plainte a également été déposée contre X pour violation du secret professionnel.

Les péjistes se disent notamment étonnés par le fait que nombre de détails concernant l'agression sexuelle de la victime aient pu être publiés.

C'est la section criminelle de la PJ carolo qui a enquêté sur la tentative de viol de la jeune femme de Luttre. Marc Dutroux a effectivement été considéré comme un des suspects potentiels. Il n'a pas été reconnu sur photo par la victime.

Une mèche de ses cheveux a été prélevée pour être comparée avec des cheveux découverts dans une voiture Ford Fiesta qui a été retrouvée par les enquêteurs de Neufchâteau dans le cadre de l'affaire Dutroux. L'analyse scientifique est toujours en cours.

Le dossier de Luttre a été transmis au parquet de Neufchâteau, qui, faute d'éléments, a clôturé l'instruction et a conclu au non-lieu et l'a renvoyé à Charleroi. «Ce n'est pas pour autant que nous avons écarté la piste Dutroux ni l'enquête qui poursuit également d'autres investigations notamment en France», a précisé Gilbert Garçon. « Lorsque Dutroux a été suspecté d'être l'auteur de la tentative de viol, précise le commissaire Jean Laitem qui a mené l'enquête et a été entendu par la Commission parlementaire à ce propos, nous n'avons pas effectué de perquisition chez lui car on n'aurait rien retrouvé de probant. De plus, nous ne voulions pas anéantir les surveillances qui étaient opérées devant son domicile par la gendarmerie ».

La police judiciaire de Charleroi dit en avoir assez des insinuations et des accusations portées à son encontre par la gendarmerie notamment, et par une certaine presse, depuis la découverte des corps de Julie et Mélissa à Sars-la-Buissière.

« On crée un amalgame d'informations pour rendre les choses confuses et porter des propos non vérifiés », dit-on à la PJ carolo.

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Suspension des magistrats Schmitz et de la Brassinne

« La Wallonie » du vendredi 20 décembre 1996 page 7

Le ministre de la Justice, Stefaan De Clerc k, a annoncé, jeudi à la Chambre, qu'il avait suspendu de leurs fonctions le premier avocat-général Fritz-Joseph Schmitz et l'avocat-général Marc de la Brassinne, avec retenue partielle de traitement. La mesure est valable pour la durée de l'enquête ouverte contre eux.

Le ministre répondait ainsi aux questions d'AIbert Gehlen (PSC) et Roger Hotermans (PRL).

Deux procédures judiciaires sont en effet en cours à l’ encontre de ces deux hauts magistrats du parquet de Liège. La Cour de cassation a demandé à la Cour d'appel de Bruxelles de désigner un conseiller pour faire office .de luge d’instruction, pour ce qui concerne le cas de I'avocat-général Marc de la Brassinne. Une procédure similaire a été entamée devant la Cour de cassation ayant abouti à une décision semblable dans le cas du premier avocat-général Fritz Joseph Schmitz.

Fritz-Joseph Schmitz est soupçonné de corruption. Plusieurs personnalités de la communauté germanophone ont affirmé lui avoir verse de l'argent sans preuve de versement. M. Schmitz prétendait pour sa part recueillir cet argent au profit de familles nécessiteuses de la région germanophone.

Quant à Marc de la Brassinne, une information judiciaire avait été ouverte au parquet de Liège sur les circonstances du décès d'une sexagénaire de Spa,qui avait confiée à l'avocat général la gestion des biens d'un de ses oncles. Au printemps dernier, un « trou» de 10 millions était apparu dans la fortune de cet oncle, confié par la Spadoise à Marc de la Brassinne.

L'avocat-général avait d'autre part conclu un contrat de rente viagère avec cette femme quelques mois avant, sa mort. La sexagénaire avait été retrouvée noyée le 9 juin 1996 dans le lac de la Gileppe.

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La filière Jacques Grafé débusquée

« La Wallonie » du vendredi 20 décembre 1996 page 7

Les hommes se sont croisés, hier, et les filières aussi. Jacques Grafé est sorti libre par la grande porte tandis qu'Henry Tombeur est reparti menottes aux poings dans le couloir des détenus. Ses avocats plaident l'erreur judiciaire et soulignent que les trois victimes sont des enfants prostitués, abusés par beaucoup d'hommes dont le frère du ministre Grafé.

Les faits sont qualifiés de viols sur deux mineurs de moins de 10 ans, d'attentats à la pudeur sur trois enfants de moins de 10 ans et d'outrages publics aux bonnes moeurs, la période infractionnelle s'étalant de 1992 à 1995.

Henry Tombeur, conseiller communal PAL à Etterbeek, nie tout en bloc. Mais, on s'en souvient, le procureur du roi a réclamé lundi plusieurs années de prison ferme. Me Martial Lancaster est entré plus à fond hier encore dans son système de défense.

Lors de la dernière audience, le plaideur avait déjà dénoncé une enquête menée par la police d'Etterbeek qui a agi de manière partiale et uniquement à charge d'Henry Tombeur . C'est d'autant plus vrai, avait affirmé l'avocat,que Mme Maréchal, une des personnes qui a conduit l'enquête, est en conflit depuis près de 20 ans avec mon client.

Hier, Me Lancaster s'est encore indigné du fait qu'un des derniers procès verbaux signale que la maison décrite par les enfants pourrait être celle de Maurice Noël, le financier que tout le monde connaît et qui est également un ami d'Henry Tombeur. Le pv va plus loin : la mère de Maurice Noël qui était malade et fort gonflée pourrait être la femme enceinte dont les enfants parlent....

Mais c'est hallucinant!, a fait Me Lancaster. Et heureusement que la villa n'a pas été reconnue par les enfants qui s'y sont rendus avec les enquêteurs. Tout ça pour vous dire que même si vous ne me croyez pas quand je vous affirme que mon client est innocent, il y a à tout le moins un doute énorme qui caractérise tout ce dossier, notamment en regard de l'acharnement particulier dont a fait preuve la police d'Etterbeek à l'encontre de M. Tombeur. Alors que, contrairement à ce qu'on a dit, un des enfants ne le reconnaît pas.

L'ombre des proxénètes

Le plaideur relèvera alors qu'un rapport versé au dossier fait état de l'exploitation des enfants par deux proxénètes qui se nourrissent de ce crime Et c'est extrêmement dramatique à constater, mais les victimes dont l'accusation prétend qu'elles ont été abusées par M. Tombeur, sont de victimes traumatisées par beaucoup de pédophiles, par des dizaines de pédophiles. Il y a un certain Michel,il y a un certain Perfect. Et il y a le magicien Grafé s'est avancé Me Lancaster.

L'avocat dira : Je ne connais pas le dossier à charge de Jacques Grafé. Mais à travers le dossier de Tombeur on trouve déjà des éléments à charge de M. Grafé et à décharge de mon client. Je m'étonne surtout qu'en 1994, déjà, des enfants parlent des visites que leur faisait en '92 Jacques Grafe. Les faits sont donc connus depuis plus de 4 ans. Mais pourquoi n'a-t-on rien fait pour protéger ces enfants ? Où sont les proxénètes aujourd'hui ? C'est un doute supplémentaire et plus énorme encore qui vient troubler l'affaire.

Je vous demande en toute confiance de prononcer un acquittement.

Enfin, Me Christel Verleyen rappellera que fin '95, au moment où Henry Tombeur est censé avoir commis les faits, il était opéré suite à de graves problèmes de santé. Et je vais être crue parce que les faits sont crus. Mais l'homme décrit par les enfants se serait introduit des zizis en plastique dans l'anus. Or, le dossier médical en atteste largement, à cette période notre client avait un anus artificiel !.. Alors croyez-vous que c'était vraiment le moment de recourir à des zizis en plastique?.

Henry Tombeur s'est exprimé une dernière fois pour sa défense. J'ai 50 ans. Je n'ai pas d'antécédents judiciaires. J'ai une fille que j'aime plus que tout et qui n'a cessé de se démener pour clamer la vérité. Je vomis la pédophilie et je jure que je souffre au plus profond de ma chair d'être accusé d'un crime aussi monstrueux. Je remercie beaucoup de gens aujourd'hui mais, peut-être, en particulier le petit Michael qui malgré les questions incessantes de Mme Maréchal, a résisté et ne m'a pas reconnu, a conclu Tombeur.

Le jugement sera prononcé le 23 janvier.

Vincent Verhaeren

(Suite) Les bonnes affaires africaines d’Annie Bouty (« Télé-Moustique » du jeudi 19 décembre 1996)


(Suite) Les bonnes affaires africaines d’Annie Bouty

« Télé-Moustique » du jeudi 19 décembre 1996

Page 32 à 35

En réponse à une tentative de saisie-arrêt de la Générale de Banque, l'ex-avocate adresse une lettre dans laquelle elle indique qu'elle exécute son mandat de présidente bénévolement. Ce qui est évidemment faux et est destiné à rouler dans la farine son créancier. Mieux, elle promet d'aviser les Éditions Urbaines du changement d'adresse de Cadreco, alors qu'elle sait pertinemment que I'ASBL va cesser toute activité.

Un fax signé Alfred Cahen

Trois jours seulement après la liquidation de Cadreco, l'avocate marron crée, le 15 mars 1987, une société en commandite simple, le « Cabinet Annie Bouty et associés », qui poursuit l'assistance juridique et innove dans I'import-export. Parallèlement, elle quitte le numéro 16 de l'avenue de la Toison d'Or pour le 99 de l'avenue Henri Jaspar à Saint Gilles en laissant une solide ardoise à sa propriétaire et ayant même poussé l'indélicatesse jusqu'à ponter I'électricité d’un colocataire!

De nouveaux tracas taraudent l'ex-avocate, qui est condamnée le 19 septembre 1989 par la cour d'appel de Bruxelles à une peine de deux ans d'emprisonnement avec sursis du chef d'abus de confiance et de violation du secret professionnel.

Ce sérieux avertissement judiciaire n'arrête pas notre « conseillère »: elle trouve dans les candidats réfugiés des proies idéales. Et un nouveau scandale l'éclabousse en 1991.

Sous prétexte de se dévouer à la cause des étrangers, Annie Bouty exige de 50.000 à 100.000 F pour effectuer de maigres démarches (généralement envoyer quelques lettres) à l'Office des étrangers, où elle est bien connue douteuses". Pis, elle promet monts et merveilles à des candidats réfugiés, dont la situation est, dès le départ, indéfendable. Elle se targue également d'avoir de fort bonnes relations à I'ambassade des États-Unis et prétend pouvoir obtenir des visas américains via son nouveau compagnon, Jean Gorges qui Jouit de solides entrées à l'ambassade des États-Unis à Rome!

Ces promesses d'aller admirer de près la statue de la Liberté n'ont évidemment pas plus de consistance que des châteaux en Espagne.

Jean Gorges, un ressortissant portugais qui affiche consultant sur sa carte de visite, mérite une digression.

A la fin des années quatre-vingt et au début des années nonante, il s'associe au cabinet d'Annie Bouty. Borges s'étend volontiers sur ses fréquents voyages à Rome où il possède un bureau, Via Flaminia 21. II se flatte d'entretenir d'excellentes relations avec le président du Conseil de l'époque Giulio Andreotti et des chefs d'État africains, tels le président guinéen Lansana Conté ou le général Joseph Momoh de Sierra Leone - renversé par un coup d'État en 1991. Ce dernier l'aurait même invité à venir passer les fêtes de fin d'année 1988 dans son palais. Il dit encore posséder plus de 2.000 hectares de rizières en Guinée.

Jean Borges a donc le bras long et il entretient notamment des relations plutôt cordiales avec Alfred Cahen, ambassadeur de Belgique à Paris depuis 1989. Alfred Cahen, aujourd'hui à la retraite, est un monument de la diplomatie belge. Longtemps surnommé "Monsieur Zaïre" en raison des foncfions diplomatiques qu'il a exercées au pays de Mobutu, il fut également chef de cabinet du ministre des Affaires étrangères Renaat Van Elsiande (CVP) de 1977 à 1979. Juste avant d'obtenir son titre d'ambassadeur en France, il était secrétaire général pour l'Union de l'Europe occidentale à Londres. Télémoustique dispose notamment de fax échangés entre Borges (condamné par défaut pour escroquerie en 1993 par la cour d'appel de Bruxelles) et le diplomate Alfred Cahen afin de faciliter l'octroi d'un visa à une cliente zaïroise de Bouty.

Ainsi, le 26 juin 1990, Jean Borges adresse à l'ambassadeur Alfred Cahen, rue de Tilsit 9, 75008 Paris, ce message: « Excellence, je vous remercie d'avoir bien voulu me recevoir et je vous prie de trouver par la voie de cette télécopie les informations dont vous avez besoin pour votre intervention.

D'avance, je vous remercie bien de ce que vous pourrez faire pour cette ressortissante étrangère... » Le 30 juin 1990, par voie de fax sur papier a en-tête de l'ambassade de Belgique, Alfred Cahen répond à Monsieur Jean Borges, Cabinet Annie Bouty et associés, avenue Henri Jaspar 99 bte 1, 1060

Bruxelles: "Monsieur, Infiniment merci de votre lettre faxée le 26 juin en annexe à laquelle vous avez bien voulu me faire tenir les informations dont j'ai besoin pour aider votre protégée. Muni de celles-ci je vais

pouvoir intervenir dans sa fa veur. J'espère que mes démarches aboutiront à dessuites positives. Je vous prie de croire...

Des télécopies au ton sortant du langage purement administratif qui soulèvent des questions sur les liens qu'entretenaient les deux hommes et prouvent, de toute manière, qu'Annie Bouty savait s'y prendre pour trouver des appuis. Bien qu'a contrario l'ex-avocate n'ait parfois même pas levé le petit doigt pour ses clients. Un exemple? Le 19 mai 1988, la "conseillère" était citée devant le tribunal de première instance de Bruxelles par un Africain, un certain N.W. Celui-ci lui avait remis le 14 septembre 1987 une somme de 100.000 F de

provision afin de régler son statut administratif. Bouty lui avait également laissé croire qu'elle était toujours avocate.

Le dossier restait lettre morte et N.W. apprenait entre-temps que son conseil n'était plus inscrit au barreau. Mis au parfum, N.W. a tenté par tous les moyens de récupérer son argent, en envoyant notamment trois mises en demeure restées vaines.

« Aux plus démunis, elle proposait de payer en nature... »

En fait, tout était monté pour endormir la méfiance des clients que Bouty recevait dans son bureau cossu aux murs desquels étaient accrochées des photos d'elle revêtue de sa toge! Elle continuait a se présenter comme avocate et plusieurs plaintes aboutirent d'ailleurs sur le bureau du bâtonnier Jakhian. Lorsque des clients mécontents s'énervaient de ne rien voir bouger ou la pressaient de leur remettre les sommes avancées, Bouty s'arrangeait pour leur barrer l'accès de son cabinet avec la complicité du concierge de l'immeuble ou les menaçaient.

Et selon un avocat bruxellois qui a reçu les doléances de pas mal de candidats réfugiés lésés: « Aux plus démunis, elle proposait de payer en nature »...

Le 29 juin 1994, Annie Bouy était condamnée par la chambre financière du tribunal correctionnel de Bruxelles

à deux fois deux mois de prison pour avoir exploité sans vergogne la détresse d'étrangers. Une peine fort clémente (elle permet de ne pas faire tomber son sursis de 1989) qui n'a pas satisfait le ministère public, qui réclamait par la voix du 1er substitut Jean François Godbille au moins un an de prison. Le parquet a interjeté appel et le dossier est fixé devant la 14e chambre de la cour d'appel de Bruxelles au 24 janvier prochain.

Quant aux parties civiles, elles n'ont reçu aucun dédommagement.

Dans son jugement, la présidente Goblet relevait "qu'il échet de prendre en considération la situation actuelle de la prévenue qui semble avoir pris conscience de Ia nécessité de résoudre ses divers problèmes par des voies honnêtes". Des attendus qui prêtent à sourire, car la "conseillère juridique" a encore reçu voici quelques mois 20.000 F des mains d'un Zaïrois afin de lui obtenir un visa de regroupement familial.

Non seulement elle n'a rempli aucune démarche, mais en plus cette procédure était vouée à l'échec.

Le 11 octobre dernier, alors qu'elle était toujours sous les verrous, Annie Bouty était expulsée du 99 de l'avenue Henri Jaspar...en laissant 750.000 F de loyers et charges impayés à sa propriétaire qui a eu la désagréable surprise de retrouver un appartement complètement saccagé: les chambranles de portes n'existent plus, le parquet a été arraché, des murs percés... Voilà quelqu'un en tout cas qui ne disparaît pas sans laisser de traces...

Michel Bouffioux, Anne Mawis et Mathilde Meyer

(Suite) Un mot aurait suffi pour sauver Julie et Mélissa ! (« Télé-Moustique » du jeudi 19 décembre 1996 pages 26 à 28)


(Suite) Un mot aurait suffi pour sauver Julie et Mélissa !

« Télé-Moustique » du jeudi 19 décembre 1996 pages 26 à 28

16 novembre 1995 : Le maréchal des logis Michaux, titulaire du dossier Othello, part en congé.

22 novembre 1995: II est un peu plus de 7 heures du matin lorsque Brigitte (prénom fictif pour préserver l'anonymat de la victime) marche sur la passerelle enjambant le canal à Obaix. Après l'avoir suivie pendant quelques dizaines de mètres, une voiture la rejoint. Et un homme, sous la menace d'un couteau, oblige la jeune femme à monter à bord. Après avoir roulé un court instant, le kidnappeur oblige sa victime à lui faire une fellation. Ensuite, il la chloroforme et Brigitte perd connaissance. Cependant, quelques instants plus tard, elle se réveille en raison d'une forte douleur à la gorge. Elle comprend alors que son agresseur croit l'avoir tuée en lui ayant tranché la gorge. Par conséquent elle fait mine d'être morte et son agresseur l'abandonne sur la berge du canal. La voiture du violeur s'éloigne et Brigitte trouve la force de se relever pour aller demander l'assistance du docteur N. C'est la gendarmerie de Pont-à-Celles, rapidement rejointe par les gendarmes Delpierre et Hyat de la BSR de Charleroi, qui fait les premières constatations. II n'est pas encore 9 heures du matin, ce 22 novembre, que l'affaire est déjà mise à l'instruction chez la juge Étienne à Charleroi. Parallèlement, le service de garde de la Police judiciaire de Charleroi est avisé des faits et le commissaire en chef Vanderhaegen envoie deux inspecteurs de garde sur l'affaire.

A savoir MM. Rouchet et... Zicot, le policier suspecté d'avoir pu être un protecteur de Dutroux. Après avoir fait une enquête de voisinage « négative », la BSR de Charleroise retire du dossier.

23 novembre 1995: - Reconstitution des faits à Obaix. Dutroux est considéré comme un suspect potentiel vu que sa mère habite dans les environs et en raison de ses antécédents judiciaires en matière de moeurs.

Dutroux séquestre Weinsteîn dans la cache de Marcinelle et installe Julie et Mélissa dans une chambre à l'étage

Selon le rapport du Comité P., l'enquêteur Laitem de la PJ de Charleroi qui a pris en charge le dossier d'Obaix, « a un contact avec un magistrat non identifié qui l'envoie chez le substitut Troch. (...) Laitem rencontre Mme Troch et lui fait part du fait que Dutroux doit être considéré comme un auteur potentiel dans les faits d'Obaix. Mme Troch confirme à Laitem que le Posa surveillait Dutroux mais qu'il s'agissait d'une information ultra-confidentielle. Elle aurait ajouté avoir reçu les premiers « rapports », mais qu'il n'y avait rien dans ces « rapports» » . On signalera que Mme Troch prétend ne pas se souvenir de l'entretien avec le membre de la PJ Laitem.

24 novembre 1995: Selon le rapport du Comité P., "à 10h30, Laitem a rendez-vous à la BSR de Charleroi, où il rencontre Daniel Delpierre. Celui-ci s'occupe en fait avec son collègue René Michaux du dossier Othello.

Delpierre confirme à Laitem l'existence de surveillances, il explique également qu'ils avaient un informateur

qui prétendait que Dutroux se préparait à enlever des filles pour,pensait-il, les expédier vers les pays de l'Est.

Pour ce faire, selon l'informateur, Dutroux aménageait des geôles.

Delpierre n'a jamais mis les noms de Julie et Mélissa en rapport avec leur opération. (...) A l'issue de leur entretien,Laitem précise à Delpierre qu'il ne réaliserait des perquisitions que si Dutroux était reconnu afin de ne pas déranger leurs surveillances".

27 novembre 1995: Michaux, le titulaire de l'opération Othello, rentre de congé. A l'en croire, ce qui nous renvoie à sa déposition relatée au début de cet article, son collègue Delpierre ne l'informe des suspicions pesant sur Dutroux dans lé cadre de I'affaire d'Obaix.

Le Comité P. écrit en effet: « Il nous a dit ne pas avoir été mis au courant des soupçons qui pesaient sur Dutroux dans le cadre du dossier d'Obaix, ni du contact Delpierre-Laitem. Cette information, selon ses dires, lui aurait permis de demander les mandats de perquisition nécessaires afin de visiter les résidences de Dutroux ( . . . )".

28 novembre 1995: Selon sa version, après plusieurs essais infructueux, le substitut Troch a une conversation téléphonique avec le commandant Legros et une réunion à propos d'Othello est planifiée Pour le lendemain.

29 novembre 1995: La réunion a lieu. S'y rencontrent le substitut Troch, le commandant Legros, le sous-lieutenant Kayser et les maréchaux des logis Michaux et Pettens. On discute beaucoup de trouver un moyen de pouvoir perquisitionner chez Dutroux puisque dans le cadre de l'opération Othello, ce n'est pas possible. Mme Troch, interrogée à ce sujet dans le cadre de l'enquête sur l'enquête du procureur Velu, déclarait à ce sujet: "J'étais inquiète et j'estimais qu'il fallait tout faire pour procéder à la vérification de l'exactitude des informations qui étaient que Dutroux aménageait des cellules dans les caves de ses immeubles en vue d'y placer des enfants. (... ) Mon but était sur base d'éléments qui m'auraient été fournis, d'avoir des indices suffisants pour (... Dobtenir des mandats de perquisition. ...) Peu m'importait l'objet des infractions: mon but était de vérifier l'existence des cellules". Pourtant, on pourrait à ce moment encore mettre les informations relatives à Dutroux dans le dossier d'instruction de Liège pour demander des mandats de perquisition, mais cette solution n'est pas évoquée...

En plus, au même moment, Dutroux est dans le collimateur de la police communale de Charleroi pour l'affaire de séquestration du 5 novembre et dans celui de la PJ de Charleroi pour l'affaire d'Obaix mais personne ne semble - ou ne dit ? Être au courant... Et la réunion se termine sur ce constat rappelé par le commandant Legros dans le rapport Velu: « En conclusion, Mme Troch a demandé de rechercher d'éventuels indices ou d'autres pistes dans le cadre des vols dont Dutroux pourrait être l'auteur afin de rédiger un procès-verbal qui permettrait de mettre l'affaire à l'instruction et de solliciter des mandats de perquisition pour les différents bâtiments occupés par Dutroux ».

30 novembre 1995: Dutroux est convoqué une première fois à la PJ de Charleroi dans l'affaire d'Obaix.

Début décembre 1995: Julie et Mélissa sont à nouveau détenues dans la cache.

6 décembre 1995: Dutroux est convoqué une première fois le matin dans l'affaire d'Obaix. Et l'après-midi, il est arrêté dans le dossier séquestration.

11 décembre 1995: Le maréchal des logis Michaux découvre fortuitement que Dutroux est sous mandat d'arrêt à la prison de Jamioulx. Avec le substitut Troch, il obtient du juge d'instruction Lorent qui s'occupe de ce dossier de « bénéficier » des mandats de perquisition qui devaient être décernés dans cette affaire.

Celles-ci ont lieu le 13 et le 19 décembre 1995 (lire aussi encadré sur les perquisitions). On ne trouve pas Julie et Mélissa...

Michel Bouffioux

Photos: Isopress

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Quand la juge Doutrewe dédaignait la possibilité d’obtenir des renforts

« Télé-Moustique » du jeudi 19 décembre 1996 pages 24 et 25

Le 2 octobre 1995, les parents de Julie et Mélissa écrivaient au ministre de la Justice, Stefaan De Clerck, avec copie pour le ministre de l'Intérieur, Johan Vande Lanotte. Les familles Russo et Lejeune se plaignaient d'un certain relâchement de l'enquête et demandaient si les moyens utilisés étaient suffisants...

Le 16 octobre suivant, le ministre de la Justice répercutait la demande en question au parquet de Liège:

« S'il apparaissait que le juge d'instruction ou les services de police se plaignent d'un manque de moyens, je vous saurais gré de bien vouloir me le faire connaître immédiatement ».

Le PG de Liège transmettait le courrier à Mme Bourguignont, procureur du Roi à Liège, et au premier substitut Hombroise, avec demande de rapport: Le 23 octobre, le courrier arrivait enfin entre les mains de la juge d'instruction Doutrewe. On peut s'imaginer que ce magistrat qui lançait aux parents Lejeune et Russo qu'elle n'avait pas que ce dossier-là à traiter et qui limitait volontairement les devoirs provenant d'autres arrondissements judiciaires pour ne pas "encombrer" son dossier, allait sauter sur la balle. On peut d'autant plus l'imaginer quand on lit ce témoignage du chef de l'enquête, le commissaire Lamoque dans le dernier rapport du Comité P.: "La gendarmerie avait constitué une réelle cellule. Au niveau Pi, par contre, j'ai dû continuer à m'occuper de mes dossiers antérieurement attribués, de même que les membres de mon équipe... Mais Mme Doutrewe ne saute pas sur l'occasion d'obtenir plus d'effectifs. Elle répond à son supérieur hiérarchique avec dédain et finalement aucun effectif supplémentaire ne sera demandé. Voici sa réponse, chacun jugera.

Le 3 novembre 1995.

Madame le Procureur du Roi, Monsieur le Premier Substitut Hombroise,

J'ai bien reçu votre lettre du 23 octobre 1995.

J'apprends avec satisfaction que Monsieur le Ministre de la Justice s'intéresse aux moyens mis à la disposition des juges d'instruction. En effet, à plusieurs reprises, j'ai eu l'occasion d'interpeller le ministère afin d'obtenir, dans le cadre général des dossiers qui nous sont confiés, davantage de moyens matériels. Vous trouverez en annexe copie des courriers adressés à ce sujet.

A ce jour, ces lettres n'ont pas fait l'objet d'un accusé de réception.

C'est donc avec les moyens qui semblent jugés insuffisants par le ministère de la Justice, faute de suite réservée aux différentes demandes des juges d'instruction, que les enquêteurs et moi-méme avons fait le maximum pour que rien ne sort négligé dans cette enquête.

Je vous prie de croire, Madame le Procureur du Roi, Monsieur le Premier Substitut Hombroise, en l'expression de mes sentiments les meilleurs.

La juge d'instruction, Martine Doutrewe.

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Perquisitions chez Dutroux : Des murmures d'enfants, pas des cris...

« Télé-Moustique » du jeudi 19 décembre 1996 pages 24 et 25

Par absence de résultat, l'enquête d'Obaix fit l'objet d'une ordonnance de non-lieu le 13 juin 1996. Outre le fait qu'elle aurait pu conduire à des perquisitions beaucoup plus rapides chez Dutroux, cette enquête a été marquée elle aussi par de nombreux dysfonctionnements relevés par le Comité P. (et sur lesquels nous reviendrons). Pour l'heure, nous évoquerons seulement les constats critiques du service de contrôle à propos des perquisitions réalisées dans les habitations appartenant à Dutroux en décembre 1995, de même que certaines révélations pour le moins troublantes faites à huis clos devant la Commission Dutroux.

Dans ces colonnes, nous nous étions déjà inquiété de l'amateurisme avec lequel ces perquisitions avaient été réalisées - manque de méthode, non-présence du suspect principal qui était pourtant à portée de main des enquêteurs, etc. le Comité P. ajoute que lors de ces premières visites domiciliaires, le 13 décembre, le gendarme Joiris "effectue une perquisition dans le hangar de la rue Saint-EIoi à Gosselies, où il constate notamment la présence d'un véhicule de marque Ford type Fiesta, de teinte bleu-gris.

Il apparaît à ce jour que ce véhicule était celui de Bernard Weinstein. Il y a à l'heure actuelle de fortes présomptions pour que cette voiture soit celle utilisée par l'auteur pour le viol d'Obaix. Les données de celte voiture ne furent jamais exploitées car la gendarmerie estimait que cela ne faisait pas partie du mandat qui leur était attribué, tandis que la police communale prétend n'avoir jamais eu connaissance de ce véhicule et d'autre part, elle n'a jamais reçu /e moindre devoir à son sujet.

Pour Michaux, celte voiture ne rentrait pas en ligne de compte puisque la seule voiture dont on parlait était une Peugeot 205 signalée dans le cadre de l'enlèvement de Julie et Mélissa. La Police judiciaire quant à elle n'a pas exploité cette donnée, n'en ayant jamais été informée. II est surprenant de constater que même le

gendarme Delpierre prétend ne jamais avoir été mis au courant de la découverte de celte voiture de marque Ford Fiesta, alors qu'un tel véhicule est en relation avec Dutroux dans les observations Posa, du dossier Othello. De ce fait, la voiture est restée inactive dans le hangar de !a rue Saint-Eloi pour y être redécouverte en octobre1996. Elle sera alors saisie et amenée à l'INC (Institut national de criminalistique) pour y être examinée à fond dans le cadre de l'actuel dossier Dutroux.

Le rapport du Comité P. relève aussi que "Lors des perquisitions réalisées le 7 dans les résidences de Dutroux, les services de la gendarmerie découvrent dans l'habitation de Marcinelle des fioles disposées dans un frigo situé dans la salle de bain. Ces fioles furent saisies et déposées au greffe. Nous ignorons quelle en a été l'exploitation". Par ailleurs, nous pouvons révéler que les parlementaires,de la Commission Dutroux furent particulièrement étonnés lorsqu'ils entendirent récemment le témoignage à huis clos du maréchal des logis Michaux à propos de ces perquisitions de décembre 1995 chez Dutroux.

Jusque-là, on avait évoqué le fait que lors de la visite domiciliaire du 19 décembre, les enquêteurs avaient entendu des cris d'enfants qu'ils avaient finalement attribués à des enfants qui jouaient à l'extérieur de la maison. Or, il ressort du témoignage de Michaux que ce sont des "murmures" qu'il entendit ce jour-là, ce qui est tout de même très différent. En plus, il est apparu que:

- le maréchal des logis Michaux est descendu seul dans la cave ce jour-là, alors que la technique de perquisition impose que tous les enquêteurs visitent ensemble toutes les pièces;

- entendant les murmures, Michaux a crié "taisez-vous" à l'attention de ses collègues qui étaient restés en haut... Et que ce sont alors les murmures qui ont cessé;

- les enquêteurs avaient oublié d'emporter avec eux, ce jour-là, l’appareil photographique et la valise de perquisition.

- enfin, lors des auditions à huis clos de la Commission Dutroux sur ces perquisitions manquées, il fut question d'un faux témoignage du serrurier qui accompagnait les gendarmes dans la maison de Marcinelle. A suivre...

M. Bf.

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